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à l'échelle de l'Europe
La
Haute Vallée de la Loire et les Hommes
Cartes
geogr., hydrologiqus etc.
( bientôt)
Bibliographie
|
LA
LOIRE, UN ENJEU POUR LA BIODIVERSITE A
L’ECHELLE DE ’EUROPE
La
Loire est un formidable réservoir pour la biodiversité
européenne. En témoigne la présence
de nombreuses espèces animales et végétales
et de nombreux milieux protégés au niveau
communautaire.
Deux
directives européennes sur la protection des oiseaux
et sur la protection des habitats encadrent la conservation
des espèces et des biotopes
La
Directive Oiseaux:
D'une
manière générale, la directive CEE
79/409 vise à assurer la protection de toutes les
espèces d'oiseaux vivant naturellement à l'état
sauvage sur le territoire européen. L'annexe 1 définit
en plus les espèces devant faire l'objet de mesures
de conservation spéciales (création de Zones
de Protection Spéciale ou ZPS).
La
Directive Habitats:
La
directive CEE92/43 concerne la conservation des habitats
naturels ainsi que celle de la faune et de la flore sauvages.
L'annexe 1 répertorie les habitats naturels d'intérêt
communautaire qui sont en danger de disparition ou qui ont
une aire de répartition naturelle réduite
(classement des sites concernés en Zones Spéciales
de Conservation ou ZSC). L'annexe 2 liste les espèces
animales et végétales d'intérêt
communautaire. Il s'agit d'espèces vulnérables,
rares ou endémiques. Certains habitats et espèces
sont considérés comme prioritaires à
protéger.
Le
réseau Natura 2000.
L'ensemble
des zones ZPS et ZSC doit former le réseau Natura
2000 que les états membres de l'Union Européenne
se sont engagés à mettre en place d'ici 2004.
Il a pour but de garantir le maintien de la biodiversité.
L'établissement
de ce réseau doit se faire en trois étapes.
Tout
d'abord, chaque état membre propose une liste de
sites. Ces sites sont ceux qui, sur le territoire national,
représentent un enjeu du point de vue de la conservation
des espèces et des habitats (inventoriés dans
la directive Habitats).
Ensuite la Commission européenne sélectionne,
en accord avec les Etats membres, les sites qui présentent
un intérêt communautaire.
Enfin
les Etats désignent officiellement les sites sélectionnés
comme ZSC et mettent en œuvre les mesures principalement
contractuelles nécessaires à leur bon état
de conservation.
Les
gorges de la Loire au niveau de la Haute Vallée de
la Loire ont été retenues comme site Natura
2000.
Quelques
18 types d'habitats d'intérêt communautaire
ont été identifiés dont deux habitats
prioritaires , les forêts alluviales résiduelles
et les forêts de ravin. Vingt-sept espèces
d'oiseaux, soit un peu plus du quart des espèces
rencontrées sur le terrain, figurent sur la Directive
Oiseaux. Et l'on rencontre sur la Haute Vallée de
la Loire, douze espèces animales de la Directive
Habitats, alors qu' il y en a dix-neuf présentes
dans le département de la Haute Loire
Dans
les pages consacrées à la faune qui vont suivre,
nous allons nous intéresser aux oiseaux et aux espèces
de la directive Habitat dont la présence confère
à la Haute Vallée de la Loire une grande richesse
biologique alliée à une grande richesse paysagère.
La Loire présente ainsi jusqu'en amont du Puy en
Velay, un ensemble continu d'espaces naturels et semi-naturels
de grand intérêt.
LES
OISEAUX DES GORGES DE LA LOIRE
Sur
les 216 espèces d’oiseaux inventoriées dans
le département de la Haute Loire, 110 se rencontrent
plus ou moins régulièrement dans la Haute
Vallée de la Loire.
Dans
le souci d’éviter le traité ornithologique,
seules les espèces les plus représentatives
des gorges (et non de toute la tête de bassin) seront
présentées en détail. D’autres seront
simplement citées. Les observations présentées
concernent essentiellement le secteur entre le Serre de
la Fare et Goudet, et résultent de plusieurs années
de terrain.
A
Les oiseaux des milieux aquatiques
Parler
des gorges de la Loire, c’est parler avant toute chose de
la rivière et de ses habitants.
La
Loire dans le secteur étudié, est un cours
d’eau à régime torrentiel sur lequel s’établissent
–à demeure ou temporairement- des oiseaux aquatiques.
Les trois espèces les plus caractéristiques
sont le Cincle, le Chevalier guignette et la Bergeronnette
des ruisseaux. Tous trois sont des éléments
typiques des cours d’eau des étages collinéen
et montagnard, même s’il arrive à la Bergeronnette
de s’éloigner parfois des rivières.
La
population de Cincles de Haute Loire s’élève
à 2000 couples environ. Ce nombre place la région
dans le groupe restreint des départements qui en
hébergent beaucoup. Les deux raisons essentielles
à une si bonne représentation sont l’importance
du réseau hydrographique (plus de 3500km de rivières)
et la qualité généralement bonne des
eaux. Dans la Haute Vallée de la Loire, entre seulement
le Serre de la Fare et Goudet, une vingtaine de couples
se reproduisent (en Haute Loire, les Cincles ont un territoire
de 1000 à 1200 mètres de long). Les oiseaux
profitent des nombreux rochers ayant leur base dans l’eau
pour accrocher leurs nids.
| Photo
le cincle plongeur |
Les
Cincles, qui se nourrissent de la microfaune aquatique,
ont besoin d’eaux limpides et peu profondes car ils chassent
à vue. La Loire, dans les gorges, leur offre des
eaux claires et quantité de hauts fonds où
les proies sont facilement accessibles. Le Cincle est
un oiseau fragile car hyperspécialisé. Les
activités humaines peuvent avoir des conséquences
dramatiques sur l’espèce. L’augmentation de la
turbidité (entretenue par une gravière par
exemple), les pollutions accidentelles, l’essor des activités
ludiques de rivière (canoë, rafting) constituent
autant de facteurs d’agression. |
Le
Chevalier guignette côtoie souvent le Cincle sur
le cours de la Loire. Ce limicole montre un penchant pour
les vallées encaissées et les parties de ruisseaux
abondamment pourvues en rochers émergeant des courants.
Entre
le Serre de la Fare et Goudet, la population de Chevaliers
guignettes nicheurs est de l’ordre de 10 couples, soit un
couple pour 2 km de rivière. Dans l’ensemble, les
oiseaux ne cherchent pas à s’aventurer sur les ruisseaux
adjacents comme l’Holme, le Bethe et la Beaume. Par contre
certains remontent quelque peu le cours de la Gazeille.
Les exigences écologiques du Guignette font de lui
un oiseau peu abondant en France.
|
Sur
les rives de la Loire, il recherche les espaces nus
à galets, blocs et sable, les berges érodées
par les crues où s’installe une maigre végétation
pionnière au sein de laquelle il peut chercher
divers animalcules.
A
n’en pas douter, le Chevalier guignette est un des dix
joyaux ornithologiques des gorges.
|
|
La
Bergeronnette des ruisseaux est, elle aussi, bien représentée
même si les densités de la vallée ne
sont pas exceptionnelles (un couple pour 1000 mètres
de rivière). Comme les deux espèces précédentes,
elle est inféodée aux régions de montagnes.
A
côté de ces trois espèces, se rencontrent
d'autres oiseaux moins typiques des cours d'eau de montagne
(nicheurs ou de passage) mais tout aussi intéressants.
Le
plus beau d'entre eux est sans aucun doute le Martin
-pêcheur.
En
aval de Coubon, le peuplement de cet oiseau est relativement
dense, surtout dans le bassin du Puy-Emblavès. En
amont du rocher de St-Blaise vers Cussac, les densités
diminuent sensiblement.
Les
gorges de la Loire ne sont habitées que par trois
couples.
La
raison première à cela est la difficulté
qu'ont les oiseaux pour trouver des berges meubles susceptibles
d'être creusées afin de nicher. Le Martin-pêcheur,
bien que non caractéristique de cette partie-ci du
cours de la rivière, remonte la Loire jusqu'au pont
de Salette.
Le
Héron cendré, quant à lui, surprend
toujours lorsqu'on le voit s'envoler d'un piton granitique
ou passer nonchalamment au ras des plateaux alentours. Officiellement
il ne niche pas dans les gorges. Toutefois, en raison de
l'accroissement démographique que connaît l'espèce
et de l'expansion actuelle de son aire de répartition,
il n'est pas impossible que des couples isolés se
reproduisent en amont de Cussac. Le haut cours de la Loire
est avant tout regardé par les Hérons comme
un lieu de pêche.
La
Loire est aussi utilisée comme refuge temporaire
par d'autres oiseaux. Le Grand Cormoran même
s'il s'aventure peu dans les gorges, a pu être observé
à l'automne sous Onzilhon. Sa présence hivernale
devient de plus en plus régulière ces dernières
années.
Pour
sa part, le Balbuzard ne fait que passer sur le haut
cours de la Loire. Ce rapace piscivore s'observe surtout
au printemps (mi mars à fin avril) lors des mouvements
de remontée. Dans le département, il utilise
la Loire et l'Allier comme lignes directrices de migration.
Bien que plusieurs contacts aient eu lieu en amont de Cussac,
cet oiseau fréquente plus volontiers l'Allier. Il
se peut que le Balbuzard répugne à emprunter
les vallées trop étroites qui peuvent engendrer
une impression d'insécurité.
Enfin
étant donné que les larges zones d'eau calme
dans un paysage ouvert, font défaut dans les gorges,
l'hivernage d'oiseaux aquatiques comme les Anatidés
est rendu impossible.
Le
seul hivernant régulier non nicheur, peu fréquent
au demeurant, est le Grèbe castagneux. Cet
oiseau , qui est souvent confondu avec un canard minuscule,
évite les rapides. Il se cantonne dans les zones
où le courant est moindre et où la profondeur
est importante. On peut l'observer régulièrement
au pont de Chadron, sous le Serre de la Fare, dans le méandre
de Vazeilles, en aval du pont de Goudet…
B
Les oiseaux des milieux rupestres
Un
des milieux parmi les plus intéressants des gorges
est le milieu rupestre. La vallée dispose d'une foule
de parois, clapiers, arêtes acérées
et autres pitons.
Dans
les rochers, vivent des espèces remarquables dont
la plus prestigieuse est le Hibou grand-duc. Ce superprédateur
exerce une puissante fascination sur l'observateur averti
et sur le profane. Il tire sa réputation mythique
du fait qu'il est un nocturne de grande taille extraordinairement
puissant, et également de l'étiquette de rareté
qu'on lui a collé un peu excessivement.
Au
début des années 1970, ne prétendait-on
pas en effet qu'il ne restait qu'une cinquantaine de couples
en France. En réalité, le Grand-duc n'est
pas rare. Son statut de superprédateur, tout en haut
des chaînes alimentaires, ne lui permet pas cependant
d'avoir des populations importantes.
 |
Le
département de la Haute Loire, qui est un des
hauts lieux de l'espèce en France et en Europe,
accueille environ 70 couples. Ce nombre témoigne
d'une belle richesse biologique enviée par bien
des régions.
|
Entre
le Serre de la Fare et Goudet, deux couples (peut-être
3) se reproduisent régulièrement. Quatre ou
cinq autres vivent en périphérie de la zone
et la fréquentent épisodiquement. Aussi paradoxal
que cela semble, le Grand-duc ne cherche pas forcément
les endroits les plus reculés. Globalement, on peut
avancer qu'il visite tous les rochers des gorges comme en
témoignent ses traces (fientes, pelotes de rejection,
restes de proies), qui sont plus abondantes d'ailleurs pendant
la période de dispersion des immatures.
Les
oiseaux de la vallée chassent surtout sur les plateaux
voisins. Dans l'ensemble, ils éprouvent quelques
difficultés pour trouver des proies puisqu'ils sont
parfois réduits à prendre des micromammifères.
A l'occasion, certains n'hésitent pas à aller
pêcher dans la rivière, utilisant une technique
encore mystérieuse.
On
ne saurait recommander de rester discret à propos
de cette espèce. Sa popularité suscite des
convoitises (voir l'oiseau, le photographier, trouver son
nid etc) qui font son malheur.Une curiosité excessive
est génératrice de dérangements fatals:
elle peut anéantir en quelques instants tous les
espoirs portés par la femelle couvant des œufs ou
chauffant des poussins. Le meilleur service à rendre
aux Grands-ducs est de leur laisser leur tranquillité
et d'éviter toute publicité tapageuse les
concernant. La présence de quelques couples dans
et vers les gorges de la Loire justifierait une protection
intégrale du site.
Autre
résident spectaculaire des parois, le Grand Corbeau.
Plusieurs
couples de ce Passereau géant fréquentent
la vallée, sans tous y nicher. La zone accueille
3-4 paires reproductrices. Au moins 2 autres, venant de
l'amont ou des vallées annexes, viennent hanter les
lieux. Le Grand corbeau construit son aire dans une paroi
et se nourrit soit au bord de la rivière, soit sur
les plateaux, soit aussi sur les rochers profitant des restes
de proies laissés par le Grand-duc.
Comme
il possède un grand rayon d'action, il est toujours
difficile de connaître avec exactitude la provenance
des individus observés.
Avant
les années 1970, l'espèce était peu
fréquente en Haute Loire, vraisemblablement une quinzaine
de couples. A partir de 1975, et pour des raisons mal élucidées,
elle s'est mise à montrer d'étonnants signes
de vitalité. En 1978, on recensait environ 30 couples.
De 1978 à la fin des années 80, la population
connut un boum démographique sans précédent
si bien qu'en 1989, l'effectif s'élevait à
120 couples. Actuellement la tendance expansive s'essouffle
dans le département (environ 150 couples).
L'Hirondelle
de rochers est la troisième espèce des
gorges li
ée
aux sites rupestres. En France, elle occupe une petite moitié
sud du pays car elle recherche les régions à
étés chauds, et dotées de façades
verticales naturelles (falaises) ou artificielles (habitations).
Dans
le département, elle est largement répandue,
ce qui indique une certaine "méridionalité"
de la Haute Loire.
Si
quelques couples construisent leurs nids hémisphériques
de boue séchée sur des bâtisses (fermes,
églises -Arlempdes par exemple), la grosse majorité
occupe les rochers abrités des vents. Dans les gorges
de la Loire, cette Hirondelle est bien implantée.
Les petites colonies ou les couples isolés se rencontrent
ça et là, à Goudet, au mas du Vernet,
aux Ribeyroux, aux grottes de la Beaume, au Serre de la
Fare. Plus facilement, on peut les observer dans la paroi
en aval du pont de Chadron sur la rive droite.
Si
dans les régions méditerranéennes,
les Hirondelles de rochers arrivent à hiverner sur
place, elles ne séjournent jamais dans les gorges
de la Loire en permanence (présence de début
Mars à fin Octobre).
Il
convient enfin de mentionner deux hivernants typiques,
exclusivement intéressés par ce type
de milieu: le Tichodrome et l'Accenteur
alpin.
Ces
espèces quittent les Alpes pour passer la mauvaise
saison dans différentes zones montagneuses
dont le Massif Central. La vallée de la Loire
s'avère particulièrement attractive
pour le Tichodrome.
|
 |
L'oiseau
est contacté avec régularité mais toujours
en petits nombres. L'observer est un véritable plaisir:
sa virtuosité d'escaladeur est extraordinaire et
son plumage d'une grande beauté (corps gris souris,
ailes rouge et noire). Les premiers individus se montrent
peu avant la mi-octobre, ils restent jusqu'en mars voire
pour les plus tardifs mi-avril.
L'Accenteur
alpin occupe les éboulis et les arêtes granitiques
saillant à flanc de vallée, plutôt que
les falaises. Comme le Tichodrome, il se rencontre sporadiquement
dans les gorges ( de la mi-octobre à la fin mai)
en petits groupes parfois.
Il
serait dommage de ne pas faire état aussi du Merle
bleu. Ce méditerranéen typique, qui ne
fait plus partie de l'avifaune nicheuse du département
depuis 1899, a pu être observé en septembre
1980 au sud de Goudet. Sa présence tout à
fait exceptionnelle témoigne de la position méridionale
du département .
C.
Les oiseaux des forêts
Dans
les rares zones exposées au nord où se développe
la hêtraie-sapinière, des oiseaux aussi typiques
que le Pic noir et l'Autour des palombes sont
notés au côté d'oiseaux plus modestes
dont le Bouvreuil, la Mésange huppée et
le Bec-croisé des sapins, tous éléments
des forêts mixtes ou de résineux de l'étage
montagnard. Le Pic noir n'est présent qu'en petit
nombre dans les gorges en raison du manque de biotopes favorables.
Les
gorges ne sont habitées en effet que par moins de
7 couples nicheurs auxquels viennent se joindre parfois
des individus en quête de territoire ou de nourriture.
L'Autour
est également attiré par les hêtraies-sapinières,
mais uniquement parce qu'il cherche des sites frais disposant
d'arbres avec de beaux fûts pour nicher. Il peut chasser
dans tous les types de formations arborées, ainsi
que dans les endroits semi-ouverts.
La
population départementale de ce superprédateur
est d'environ 120 couples, deux vivent dans les gorges de
la Loire. Mais ils peuvent atteindre ponctuellement en Velay
des densités parmi les meilleures d'Europe (14 couples
sur 100 km²) ce qui traduit la grande valeur biologique
du département.
Les
Autours de Haute Loire basent leur régime alimentaire
sur les Corvidés (Corneilles et Geais principalement),
ils capturent aussi de nombreux autres rapaces (13% des
proies). Ils pondent tardivement (date moyenne: le 19 avril)
à l'instar des Autours finlandais!
D.
Les oiseaux des landes et des friches
La
végétation, en opérant une reconquête
des terrains viticoles abandonnés, des prairies à
ovins inutilisées et autres parcelles à sol
peu profond, a favorisé le développement d'une
bonne population de reptiles. L'expansion de ces animaux
a été d'autant plus marquée que les
serpents ont trouvé dans ces gorges biens exposées,
des biotopes chauds et secs dotés de nombreux rochers
pouvant servir d'abri ou de point de repos.
En
outre, dans les gorges, le principal ennemi des reptiles
qu'est l'homme est devenu quasiment absent.
Serpents
et lézards servent de nourriture à divers
rapaces dont la Buse variable (cet oiseau, grand
amateur de reptiles en Haute Loire), le Milan royal et
surtout le Circaète. A n'en pas douter, ce
dernier a su tirer profit des zones délaissées
suite à la déprise agricole que connaît
la Haute-Loire. Notamment des zones difficilement accessibles
ou ne se prêtant pas à l’exploitation agricole,
dans les vallées de la Loire et de l'Allier.
Sur
l'étendue des gorges de la Loire -entre Brives-Charensac
et Lafarre- , au moins neuf couples de Circaète Jean-le-Blanc
nichent régulièrement dans les pinèdes,
non loin de la bordure des plateaux, sur les zones bien
exposées.
En
plus du rôle de refuge pour la nidification, les gorges
de la Loire assurent la fonction de réservoir de
nourriture. Le Circaète Jean-le-Blanc chasse
à flanc de vallée, dans la végétation
parfois inextricables qui couvre les secteurs les plus arides.
Les gorges font partie du territoire de chasse de plusieurs
autres oiseaux qui se reproduisent dans les vallées
adjacentes. Les versants sont exploités par trois
autres couples venant des secteurs voisins.
Le
Circaète est un des rapaces diurnes les moins abondants
de France : 69-75 couples en Haute Loire, soit 1/15ème
des effectifs français. Le département occupe
la sixième place du classement par abondance et la
troisième si on prend en compte la superficie.
 |
Pour
bien des raisons, le Circaète peut être
considéré comme l'oiseau symbole de la
Haute Loire. Il est à la fois le reflet de l'exode
rural et le témoin de la persistance d'une belle
santé écologique.
|
Avec
le haut Allier, les gorges de la Loire sont un secteur particulièrement
favorable pour le Bruant fou. La densité de
ce passereau amateur de coteaux rocailleux ensoleillés
est localement élevée, voire exceptionnelle
(surtout vers Goudet et St-Martin-de-Fugères).
En
France, l'aire de répartition de l'espèce
se limite aux montagnes de la moitié sud. La Haute
Loire dispose de peuplements parmi les plus beaux du Massif
Central.
La
nécessité de conserver la vallée en
état afin de préserver des milieux de grand
intérêt, a déjà été
évoquée à propos du Cincle et du Hibou
grand-duc. Une remarque identique peut être formulée
à propos du Bruant fou car l'oiseau n'est pas abondant
au niveau national.
E.
Les oiseaux des milieux cultivés
A
la limite des friches et des terres agricoles, s’établit
la Pie-grièche écorcheur. En recul
général sur la France, cet oiseau est très
bien représenté en Haute-Loire, notamment
dans les gorges, en bordure des plateaux. Entre Colempce
et Onzilhon, il a été relevé une densité
remarquable de 6 couples sur 1 km linéaire.
L’espèce
trouve chez nous abondance de gros insectes (le fond de
son alimentation), laquelle abondance dépend d’une
part des étés chauds et secs du département,
et d’autre part d’un usage assez limité des insecticides.
Vers
Chadron, dans la partie centrale de la zone où se
rencontre un bocage clair, apparaît la Huppe
.
Malgré
le handicap de l’altitude, cet oiseau est assez bien représenté
en Haute-Loire, surtout dans les bassins, alors qu’on observe
une baisse alarmante des effectifs nationaux.
Les
Huppes n'ont jamais de peuplements denses. Pourtant deux
couples ont pu être observés en 1981 nichant
à 500m l'un de l'autre sous Archinaud. La Haute Loire
se distingue par sa population d'altitude des Huppes. Des
individus montent allègrement au dessus de 1000m
dans la région de Saugues et de Landos. Ceci est
curieux étant donné que l'espèce est
habituellement regardée comme une habitante des plaines.
Le couple trouvé à 1250m à Champclause
(hauts plateaux du Mézenc) doit probablement figurer
au palmarès des records européens.
Le
Moineau soulcie a été rencontré
sur la commune du Brignon ainsi que vers Onzilhon. La présence
de ces oiseaux permet d'agrandir la limite d'un des six
foyers départementaux de peuplement (centré
sur Cussac).
Le
Moineau soulcie retient toujours l'attention de l'observateur.
C'est une espèce héliophile qui vit sur le
pourtour méditerranéen; son aire de répartition
en France coïncide assez bien avec la zone des 2000
heures d'ensoleillement.
La
Haute-Loire se situe non loin de la bordure septentrionale
de la zone d'ensoleillement et la population locale consiste
en de petites colonies éparses.
Enfin,
dernière espèce méritant attention,
le
Bruant proyer.
Un
seul point est connu dans la vallée même, vers
Colempce. Quatre foyers de peuplement ont été
déterminés en Haute Loire.
Le
plus vaste est celui des plateaux du Devès formé
lui même de 4 sous-ensembles dont celui du Brignon
auquel appartiennent les oiseaux de Colempce.
Comme
la Huppe, le Proyer a la réputation de vivre en plaine.
Or la population du Devès est une population d'altitude.
Tout se passe comme si en Velay, l'espèce préférait
s'installer au dessus de 800m.
Ce
bref panorama ornithologique, rappelons-le, ne concerne
pas toutes les espèces des gorges, à peine
le tiers des espèces ont été citées.
Il faudrait parler du rare Venturon montagnard qui
se montre parfois en hiver, du Merle à plastron
faisant des haltes impromptues au printemps (pont de
Chadron) en route pour les zones frontalières entre
la toundra et la taïga, du Faucon pèlerin,
ou encore du Pouillot de Bonelli.
Tous,
aux yeux de l'observateur expérimenté, témoignent
de l'indiscutable valeur biologique des lieux. Les gorges
de la Loire sont à l'interface des régions
tempérées et méditerranéennes.
Les
peuplements ornithologiques tirent leurs particularités
de cette caractéristique géographique conduisant
au mélange d'espèces méridionales et
d'autres à tendance septentrionale. De plus la présence
de nombreux rochers ainsi que celle du cours d'eau retient
des oiseaux typiques dont la répartition et le nombre
sont réduits en Europe occidentale.
L'intérêt
de la zone est à rechercher dans la structure et
la diversité des communautés ornithologiques,
dans l'abondance en rapaces, dans l'existence d'espèces
aussi peu répandues que le Cincle, le Hibou grand-duc,
le Bruant fou, plutôt que dans la présence
de telle ou telle espèce exceptionnelle.
Les
milieux et le cadre montagneux des gorges de la Loire en
font un refuge qu'il convient de conserver en état.
QUELQUES
ESPECES DE LA DIRECTIVE HABITATS
Actuellement
11 espèces de la directive Habitats ont été
identifiées dans les gorges de la Loire, elles sont
récapitulées dans le tableau suivant.
|
Classe,
ordre
|
Nom
commun
|
|
Mammifères
|
Loutre
commune
Grand
Rhinolophe
Petit
Rhinolophe
Grand
Mutin
Chauve-souris
|
|
Amphibiens
|
Sonneur
à ventre Jaune
|
|
Odonates
(libellules)
|
Cordulie
à corps fin
|
|
Lépidoptères
(papillons)
|
Ecaille
Chinée
|
|
Crustacés
|
Ecrevisse
à pattes blanches
|
|
Bivalves
|
Moule
perlière
|
Présentons
plus en détail quelques-unes de ces espèces.
A.
La Loutre, symbole des milieux aquatiques:
La
Loutre, essentiellement nocturne, est difficile à
rencontrer. En voie de disparition, protégée
par la loi française depuis 1972, elle est un très
bon indicateur de la qualité des milieux.
Symbole
d'une eau relativement pure et poissonneuse, elle était
autrefois commune sur la totalité du territoire français.
Mais le piégeage intensif, la destruction de son
habitat et la pollution ont réduit considérablement
ses populations. Il ne subsiste en France que 1000 individus
environ.
Elle
ne se maintient aujourd'hui pour l'essentiel que sur la
façade Atlantique et possède quelques noyaux
de population dans le Massif Central. Sa redécouverte
sur la Haute Vallée de la Loire, au cours de l'été
1989, par E.Valladier, confirmée par C.Bouchardy,
un des meilleurs spécialistes européens de
ce mammifère fut une bonne nouvelle.
Avec
plus d'un mètre de longueur (dont 30 à 40
cm pour la queue), la Loutre est un animal extraordinaire.
Parfaitement adaptée au milieu aquatique, elle possède
un corps long et fuselé, une petite tête, une
queue puissante et quatre pieds palmés.
Marquant
son domaine à l'aide de ses fientes, que l'on nomme
épreintes, elle vit en solitaire sur un territoire
de 10 à 50 km de rivière. Elle se nourrit
de poissons, mais aussi de batraciens, de petits mammifères,
quelquefois d'oiseaux.
La
Loutre femelle, qui porte de 1à 3 petits, met bas,
ce qui est exceptionnel, à tout moment de l'année
et élève seule ses petits. La Loutre dort
et fait ses petits dans une cachette appelée catiche,
située entre les racines des arbres ou sous les rochers
au bord de l'eau. Le moment où l'on a le plus de
chances de l'observer est celui de la prise d'activité,
à la tombée de la nuit.
On
note la présence de la Loutre sur la Haute Vallée
de la Loire depuis le barrage de Lapalisse en Ardèche
jusqu'au pont de Chadron.
B.
Le Saumon a disparu mais il reste l'Ombre commun:
Ce
salmonidé est un des plus beaux hôtes du cours
supérieur des rivières, il aime leurs eaux
vives, fraîches et bien oxygénées.
Ses
caractéristiques: présence d'une petite nageoire
adipeuse (comme la truite) entre la nageoire dorsale très
développée et la nageoire caudale, dos bombé
de couleur gris-vert à bleu, bouche petite et s'ouvrant
vers le bas, grandes écailles argentées sur
le dos et les flancs.
L'Ombre
commun est présent, sur la Loire, dans une zone d'environ
45 kilomètres de long, comprise entre le pont de
Laborie (amont d'Issarlès) et Coubon. Une quarantaine
de sites de frayères est recensée sur cette
longueur. L'espèce reste cantonnée au cours
de la Loire et est absente de tous les affluents.
C.
L'Ecrevisse à pattes blanches, un "régal rarissime":
Cette
écrevisse, considérée comme l'hôte
naturel de nos rivières, est d'une manière
générale en régression.
Elle
était encore présente dans 72 départements
français lors de l'enquête nationale du Conseil
Supérieur de la Pêche en 1990. Mais en fait
de nombreux départements présentent un gisement
faible, inférieur à 10 sites occupés.
La Haute Loire figure dans les départements comprenant
plus de 10 cours d'eau à écrevisses.
L'Ecrevisse
à pattes blanches fréquente les remous des
ruisseaux rapides et son habitat est en général
associé à celui de la truite. Elle recherche
les fonds graveleux et pierreux peu profonds où elle
se cache sous les cailloux. Elle a un régime essentiellement
détritivore et se nourrit principalement de débris
végétaux, et à l'occasion de cadavres
de poissons ou d'invertébrés. Elle peut atteindre
135 mm. Sa couleur est d'un vert variant du bronze au gris-vert,
les pinces et les pattes foncées en dessus sont blanchâtres
sur le dessous, de même que la face ventrale.
L'Ecrevisse
à pattes blanches est extrêmement dépendante
de son environnement. Elle est particulièrement exigeante
quant à la qualité de l'eau et doit pouvoir
bénéficier d'un débit minimal lui permettant
de bonnes conditions de vie. Elle se montre particulièrement
sensible à toute forme de pollution (thermique, chimique,
organique, bactériologique).
La
destruction de son habitat est un autre facteur de régression
de l'espèce. La disponibilité en caches (cailloux,
sous-berges, racines immergées, végétation
aquatique) est indispensable. La végétation
rivulaire permet d'éviter un échauffement
trop important de la température de l'eau en période
estivale et fournit les dépôts de litière,
base de nourriture de l'écrevisse. Ces dépôts
se font dans les remous derrière les cailloux et
dans les zones plus calmes.
Le
maintien d'une bonne diversité d'écoulements
dans le cours d'eau permet la conservation d'un grand nombre
de postes de nourrissage.
| Actuellement
l'espèce en raréfaction continue dans les
secteurs de plaine et de moyenne montagne, se cantonne
le plus souvent sur des cours d'eau appartenant à
des bassins versants peu aménagés. Mais
le phénomène d'isolement qui peut en résulter
conduit à une fragilisation des populations. |
Photo
écrevisse
|
En
règle générale la meilleure protection
que l'on puisse assurer à une population d'Ecrevisses
à pattes blanches est de maintenir l'équilibre
du milieu tel qu'il est.
Quant
aux amateurs d'écrevisses, ils savent que sa pêche
est rigoureusement réglementée. Ainsi en l'an
2000, il a été autorisé en Haute Loire,
seulement 2 jours de pêche à l'Ecrevisse à
"pieds blancs", en rivières de 1ère
comme de 2ème catégorie.
D.
Une surprise de taille, la Moule perlière:
Une
moule en Haute Loire!!! Le grand public a un peu tendance
à oublier qu'il existe des moules d'eau douce, dont
Margaritifera margaritifera.
La
Moule perlière car c'est d'elle qu'il s'agit, est
très sensible aux pollutions comme beaucoup d'organismes
filtreurs, et d'une grande longévité puisque
pouvant atteindre plus de 100 ans. C'est ainsi un excellent
bio-indicateur dont la présence témoigne d'une
bonne qualité de l'eau.
En
raison de la pollution, elle a disparu de beaucoup d'endroits
où elle était jadis très répandue.
Elle
a la particularité de former des perles autrefois
très appréciées, malheureusement pour
elle, car les ramassages anciens ont largement contribué
à faire diminuer les populations. On peut toujours
observer moules et perles au musée Crozatier, au
Puy en Velay.
Bien
qu'ayant besoin de calcium pour former sa coquille, elle
ne supporte pas l'eau trop calcaire. D'ailleurs on ne la
trouve que dans les cours d'eau des massifs anciens non
calcaires (Massif Armoricain, Vosges, Morvan, Massif Central).
Les
larves ou glochidies, très petites, sont libérées
par la femelle et vivent quelques semaines en parasite sur
les branchies des poissons. Lorsqu'elles quittent leur hôte
qui leur a permis ainsi de se déplacer, elles tombent
au fond et vont se fixer dans les substrats meubles, sables
et graviers. Leur croissance peut être très
lente, quelques millimètres par an, et elles n'atteignent
la maturité sexuelle qu'à l'âge de 20
ans. Il faut donc beaucoup de conditions pour que l'espèce
se maintienne et se reproduise.
La
Moule perlière, surtout connue à l'est de
la Haute Loire, ainsi qu’en Margeride, est toujours présente
sur la Loire en amont du Puy. La population très
restreinte est par contre isolée des peuplements
présents dans les affluents de la Loire plus en aval
du fait de la pollution plus importante de la Loire à
l'aval du Puy ainsi que des barrages qui empêchent
tous les échanges de populations par l'intermédiaire
des poissons migrateurs.
Le
maintien de l'espèce dans le haut bassin de la Loire
et surtout la reconquête des territoires anciens passent
par une protection efficace des sites habités par
l'espèce, la maîtrise de la pollution sur l'ensemble
du bassin versant et la réalisation d'aménagements
permettant le franchissement par les poissons des barrages.
E.
Le plus aquatique des crapauds, le Sonneur à ventre
jaune:
Ce
petit crapaud, d'une taille moyenne de 5 cm, vit en effet
pratiquement toujours dans l'eau. Il y passe la totalité
de la période de reproduction, d'avril jusqu' en
été, et choisit pour son hibernation (d'octobre
à avril) de s'enfouir dans la vase ou la boue des
points d'eau.
Il
affectionne les milieux d'eau stagnante, en bord de cours
d'eau (fossés, flaques, mares). Son nom est lié
d'une part à son chant (il émet toutes les
secondes, de jour comme de nuit, en période de reproduction
au printemps) et d'autre part à son ventre jaune
vif ponctué de taches sombres qui lui permettent
d'impressionner l'adversaire (en cas de danger, il se retourne
en effet sur le dos).
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Sinon
de taille modeste comme nous l'avons dit, le dos gris
brun et recouvert de pustules comme ses congénères
des autres espèces, il ne se remarque pas particulièrement.
Il
se nourrit d'insectes aquatiques, essentiellement des
larves de moustiques.
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Le
Sonneur est bien présent sur la Haute Vallée
de la Loire où il remonte jusqu'à Lafarre.
On
peut rencontrer des populations importantes dans certains
secteurs. Aussi son inscription sur la directive Habitats
comme espèce à protéger peut surprendre
certains. Mais au niveau européen, c'est une espèce
rare et des zones comme la Haute Vallée de la Loire
constituent des réservoirs de population à
préserver. Une telle concentration étant peu
commune sur l'ensemble de l'aire de répartition de
cet amphibien qui occupe l'Europe centrale et méridionale.
Le
maintien de la dynamique naturelle des rivières qui
conditionne le remplissage des milieux aquatiques annexes
est la condition de la conservation de cette espèce.
Les espèces qui ont été présentées,
témoignent de la qualité des milieux aquatiques
de la Haute Vallée de la Loire.
Elles
constituent avec d'autres un patrimoine exceptionnel. Cependant
leur maintien, comme cela vient d'être dit pour la
Moule perlière, dépend d'une autre espèce,
la nôtre.
Dégradation
plus ou moins volontaire des biotopes, pollutions diverses
entraînant une altération de la qualité
des eaux, seuils, barrages et autres aménagements
constituent autant d'obstacles à leur survie.
Il
faut donc être extrêmement vigilant vis à
vis des interventions sur les milieux où vivent ces
espèces et prendre le temps d'en évaluer l'impact
global à plus ou moins long terme. N'oublions pas,
tout ce qui sera entrepris pour préserver ces espèces
et leurs biotopes, contribuera à l'amélioration
générale de nos rivières et nous en
bénéficierons aussi.
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